GOUVERNANCE ET ROLES DES ACTEURS EN KABYLIE

LA TOUIZA : DE LA PARTICIPATION SOCIALE

A L’ATTRACTIVITE TERRITORIALE

 الحوكمة وأدوار الفاعلين في منطقة القبائل التويزا: المشاركة الاجتماعية و الجاذبية الأقاليمية 

GOVERNANCE AND ROLES OF ACTORS IN KABYLIA

LA TOUIZA: SOCIAL PARTICIPATION

TERRITORIAL ATTRACTIVENESS 

KHALED Foudil 1,  MEDOUR Oualid 2

1 Institut de Gestion des Techniques Urbaines, Université Constantine 3, Algérie,

foudil.khaled@univ-constantine3.dz

2 Institut de Gestion des Techniques Urbaines, Université Constantine 3, Algérie

 walidm_1977@yahoo.fr

Résumé:

A l’heure de la mondialisation, et pour valoriser les dynamiques de projets locaux de développement, le système communal territorial devrait constituer l’unité de base de l’aménagement durable du territoire à travers d’autres approches complémentaires aux plan communal de développement (PCD) et plan sectoriel de développement (PSD). La démarche présentée ici s’inspire du concept économique de type social et solidaire qui vise la promotion et l’émergence d’initiatives locales par l’accompagnement des acteurs locaux et des porteurs de projets par la formation et le financement d’activités. Nous avons adopté une méthode descriptive et d’analyse conceptuelle pour présenter une des expériences réussie, réalisée en Algérie. C’est le cas des projets plan climat territorial initié par le PNUD et aussi du concours « meilleur village propre en Kabylie » initié par l’assemblée populaire de la wilaya de Tizi Ouzou (APW).

L’objet principal de cette modeste étude, est de chercher de nouvelles approches de gestion participative du territoire et réfléchir à d’autres manières d’améliorer l’attractivité des territoires, qui combinent préservation de l’environnement, efficacité économique et équité sociale. La gouvernance locale actuelle est une notion moderne de la pratiques ancestrale « Touiza » qui associe le décideur avec l’usager et les acteurs locaux dans un territoire. La Touiza, aujourd’hui, est une forme de participation sociale et citoyenne qui nécessite d’être renouvelée et revalorisée dans son contexte local et rural.

Mots clés : Touiza, Participation sociale, Développement local, Solidarité, Gouvernance. Attractivité territoriale.

INTRODUCTION

En Algérie, l’approche étatique et monopoliste de la gestion de l’espace n’a pas aboutie à de bon résultat. La primauté de puissance publique dans les actes de la gestion et celles des faiseurs de la ville par rapport aux autres acteurs concernés (habitants, associations, entreprises, partis politiques, syndicats…) s’est consolidée à tel point que pour le commun des mortels, l’Etat est devenu le responsable de tout. (A.BENDJELID, 2010). Aujourd’hui, de nouvelles approches s’imposent. Le concept de développement local durable repose sur trois piliers : l’autonomie des décisions et la recherche de modèles endogènes propres à chaque contexte historique, culturel et écologique ; la prise en charge équitable des besoins de tous les hommes et de chaque homme ; et la prudence écologique, c’est-à-dire la recherche d’un développement en harmonie avec la nature. Ceci, ne peut être possible que par le biais d’une gestion participative citoyenne.  

Une attitude nouvelle émerge, impliquant les citoyens pour ce que les concerne directement, provoquant ainsi l’esprit de responsabilité et surtout d’initiative pour fermer la parenthèse de la période d’assistanat (BENMOHAMMED, T et al .2010). On essayera dans ce modeste travail de : découvrir la notion de développement local durable et d’identifier les catégories de ressources inhérentes à ce type de développement. Ceci va servir comme cadre théorique du sujet, car ce concept est timidement évoqué en Algérie malgré les taux de réussite qu’il épreuve dans plusieurs régions du monde. Dans un deuxième temps, et ce qui est important, on s’interrogera sur l’apport de La Touiza comme forme ancestrale de participation citoyenne.  L’implication des populations locales est essentielle pour réaliser des développements durables et favoriser des peuplements équilibrés et dynamiques.  En proposant une vision pour le développement de leur territoire, les autorités locales doivent s’assurer que la population sera en mesure d’apporter sa contribution. (Eléone Hauptmann et al, 2010)

Historiquement parlant, la doctrine ancestrale de solidarité, d’entraide et de partage est à l’origine de la formation de la communauté kabyles et de la création de ses villages et de ses villes. Elle a façonné son mode de pensée, son mode de vie, son mode d’appropriation de l’espace, son idéal social culturel et politique. Aujourd’hui, les formes de solidarité et de participation sont en voie de disparitions pour des raisons multiples, endogènes et exogènes. 

Devant ce désastre, la collusion entre le personnel administratif, les groupes sociaux puissants et les entrepreneurs est un constat qui mérite d’être démontre et dénoncé ; enfin de compte le vrai développement durable du discours politique actuel nous apparait bien anachronique dans la mesure où le développent durable a bel et bien existé pendant les siècles grâce à la maitrise du milieu et au savoir-faire des ksouriens… (A.BENDJELID, 2010).

Notre questionnement est le suivant : Quel ancrage entre le développement territorial durable et la Touiza comme forme de participation citoyenne dans la wilaya de Tizi Ouzou ? Et par quel moyen peut-on revaloriser cette tradition ancestrale ?

  • METHODOLOGIES

Il est primordial de préciser que la contribution des habitants, dans une démarche de conception urbaine, est loin d’être un champ d’étude délimité ou sans controverse. Pour étudier l’implication ou la contribution des habitants à un projet, l’approche la plus utilisée analyse cette implication ou ces contributions à l’intérieur des dispositifs ou des processus participatifs mis en œuvre par les divers acteurs lors d’un projet de développement d’un territoire.

Nous voulons aborder autrement l’expertise pour répondre aux enjeux et défis de l’implication des habitants dans le projet, ou même dans une planification des actions en faveur d’une démarche de développement. Ainsi, nous ciblerons notre recherche sur l’analyse d’une contribution réalisée à travers la production et la promotion des espaces compétitifs et attractifs. Une approche descriptive et analytique sera faite de deux projet de dispositifs participatifs, celui du projet climat territoriale dans le cadre du PNUD, et le concours du meilleur village le plus propre initié par l’assemblée populaire de wilaya de Tizi Ouzou.

ETAT DE L’ART :

Les acteurs des territoires sont multiples, diversifiés et parfois contradictoires. L’étude sur la dynamique de la population et son rôle dans le développement socio-économique dans les villes et villages, souligne la nécessité de faire un constat sur l’apport primordiale des acteurs dans la démarche citoyenne.

     I.1. La participation : vecteur immergent du territoire 

La participation des habitants au projet de développement social local (DSL) se révèle souvent plus formelle que réelle, néanmoins la démocratie participative passe par l’association des citoyens au processus de décision. (Gaulène Sylvie, 2017).  Le développement des territoires, susceptible à générer des revenus supplémentaires et de créer davantage d’emplois et d’activités génératrices de revenus qui aident les habitant, usager et acteurs pour faire face aux différentes difficultés de la vie et contribuer à l’amélioration de leur niveau de vie, ainsi que de déterminer leur volonté de s’intégrer dans le développement local dans la région et de la conscience de l’importance des actions sociales et solidaires.  Dès les années 1990, l’apparition de nouvelles formes d’exclusion et l’augmentation de la précarité ont fait apparaître un public jusque-là inconnu des services sociaux. De nouveaux besoins ont émergé mettant ainsi à jour l’inadaptation des réponses traditionnelles et l’obligation de modifier les formes de l’action sociale pour être en capacité de proposer des solutions plus proches des réalités locales. (Gaulène Sylvie, 2017).

Parler alors, du contexte local c’est évoquer un territoire géographiquement petit et de proximité investi par les habitants dans lequel les notions de temps, d’appartenance, d’identité, de mobilité, de lieu de vie, d’accessibilité et d’espace sont présentes.

     I.2. En quoi consiste la participation ?

La volonté de mieux prendre en compte les réalités locales des agglomérations enclavées et engorgées, par les autorités publiques a entraîné le développement de programmes contractuels et sectoriels comme ceux de l’action sociale, la santé, le logement, les ressources en eau et le gaz e ville. Une nouvelle forme de mise en œuvre des politiques publiques qui aurais dû prendre des taux de réussite élevée, si la décision est née de la base et si les habitant étaient concertés lors de la programmation des projets pour dire leur mot.

La participation des acteurs dans les projets de développement de proximité comme « metteurs en œuvre » et bénéficiaires des programmes publics à la fois. Cette approche ascendante prendra en compte les différents acteurs (habitants, élus, usagers, entrepreneurs, professionnels, associations de quartiers…) sur le territoire et leurs interrelations, c’est un système d’action collective…une manière de renforcer le processus de la gouvernance locale.

Dans un contexte de gouvernance publique, le dialogue entre les organismes municipaux et la population peut prendre une multitude de formes. La participation publique désigne l’ensemble des processus et activités permettant à l’organisme municipal d’intégrer les préoccupations, les besoins et les valeurs des citoyens dans sa prise de décision. Pris dans son sens générique, le terme « participation » s’applique donc à l’éventail complet des méthodes par lesquelles le public peut prendre part aux décisions qui le concernent, indépendamment de l’influence qu’il exerce sur le processus et de son degré d’engagement. (Gagnon and Mario 2013)

La participation citoyennes est considérée aujourd’hui comme un incontournable et un passage obligé pour toutes les collectivités locales et territoriales, aussi, les administrations publiques. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce qu’on peut appeler « impératif participatif », ou bien « le devoir de concertation » comme le niveau d’instruction plus élevé des habitants, leur plus grande facilité d’accès à l’information grâce aux (NTIC) nouvelles technologies de communication et d’information, et les pouvoir d’internet, et des réseau sociaux (Facebook, twitter, WhatsApp et YouTube…) et une prise de conscience accrue de leurs droits et responsabilités.

Parler de la gouvernance et la participation sociale des habitant, c’est évoquer aussi, l’esprit d’initiative qui aliment la volonté d’être meneur de l’action territoriale. L’initiative c’est une action de proposer, d’organiser le premier quelque chose, dans son quartier, villages ou villes. Une initiative citoyenne est donc une action spontanée entreprise par un ou plusieurs citoyens. Ces actions se manifestent sous diverses formes. A travers l’observation et l’analyse de différents types d’initiatives citoyennes, nous avons pu dégager plusieurs critères pertinents pour les distinguer (acteurs, temporalité, échelle, lieu, matérialisation, rapport aux pouvoirs publics, statut juridique et polémique). (Mercenier 2015)

I – LA TOUIZA : UNE PRATIQUE ANCCESTRALE DE PARTICIPATION

La Touiza est une structure sociale organisée qui se crée par nécessité et s’estompe une fois le problème résolu, pour reprendre si nécessaire. Elle est un ensemble d’éléments et d’acteurs interdépendants dont la complémentarité des différences crée la dynamique du développement dans une région donnée. Dans ce sens elle est une unité sociale fonctionnelle qui vise le dépassement d’un déséquilibre : c’est donc un phénomène psychosociologique qui s’inscrit dans les stratégies d’adaptation des populations dans les régions géographiquement difficiles.

Cette pratique est réglementée par le droit coutumier auquel s’ajoutent certains principes de la Charia. Tout contrevenant subit une pénalité qui va de la simple à payer, à l’exclusion du groupe en passant par la mise en quarantaine. Ainsi, se maintient la cohésion de la communauté à partir de ce principe accepté de tous parce que conforme à la coutume et à la religion. (Ali El Kenz, 1984)

II.1. Touiza : Ou le chantier participatif pour co-construire un territoire.

La Touiza en tamazight « Tiwizi », veut dire un chantier participatif, dans lequel les membres d’une communauté donnée s’organisent pour accomplir une opération commune pour l’intérêt collectif ou individuelle. C’est un évènement durant lequel des gens se retrouvent pour travailler ensemble, bénévolement et dans la convivialité. Dans l’histoire, les kabyles organise des opérations de Touiza pour cultiver la terre, la collecte des olives, la construction des maisons, l’ouverture de chemins et pistes, aussi dans la réalisation des ouvrage hydraulique et d’alimentation en eau potable. Une pratique aussi bien connu au Aurès et notamment dans le M’Zab.  La doctrine Ibadite est à l’origine de la formation de la communauté mozabite et de la création de ses villes. Elle a façonné, son mode de pensée, son mode de vie, son mode d’appropriation de l’espace, son idéal social culturel et politique. L’urbanité obtenue est le fruit de l’esprit d’organisation, de gestion et d’entraide communautaire. (M.C, ADAD, 2008).

Les Ibadites ont pu et su réaliser l’application peu commune des exigences d’une morale religieuse, philosophique et sociale à la conception d’un espace humain et son domaine bâti (RAVERAUX, A, 1981). En effet, Il n’y a pas de formule de chantier participatif qui soit universellement la meilleure. Ce qui peut combler certains peut aussi laisser d’autres plus réservés. Il convient donc à chacun de bien communiquer pour s’entendre sur la nature de la participation et s’assurer qu’elle fera l’objet d’une satisfaction réciproque. Ceci avant de s’engager sur une participation mais aussi en continuant de communiquer pendant le chantier. C’est à chacun de détailler au mieux ce qu’il peut offrir, ce qu’il recherche et ses contraintes.

Dans une opération de « Touiza », on trouve trois éléments essentiels : L’organisateur, les participants et l’accompagnateur professionnel, des taches attribuées pour chacun.

  • L’organisateur est le maître d’ouvrage. C’est lui qui appel et invite à participer à son chantier.
  • Les participants sont ceux qui viennent sur le chantier à titre bénévole et de leur plein gré : famille, amis ou autres membres de la société. Ils ne sont soumis à aucun lien de subordination.
  • L’accompagnateur professionnel : parfois un 3ème acteur intervient, l’accompagnateur. Ce professionnel apporte une expertise de la technique mise en œuvre. En principe vu sa position, il guide le chantier participatif.

Source : Auteurs, 2017

Figure 1 : Les trois éléments d’une opération de la Touiza

Les membres d’une Twiza sont équivalents et complémentaires. Chacun est responsable, aux yeux des autres, du travail qu’il accomplit. L’organisation est de type circulaire (Harian Berlewi,1973) autour de la tâche qui constitue le centre de l’activité. Il n’y a pas de “chef” mais un guide, un conseiller qui travaille autant que les autres membres du groupe. Chacun sait ce qu’il a à faire, pourquoi il le fait, comment et quand il doit le faire. Chacun est au courant de l’activité des autres.

II- RESULTATS : 

         III.1. Projet de développement territoriale a Tizi Ouzou

La wilaya de Tizi Ouzou a été retenue comme zone pilote dans le cadre du Plan Climat Territorial Intégré (gouvernement algérien et PNUD) ; Cette action s’inscrit dans le contexte du « projet pilote de développement économique local durable », dit « projet Taksebt », mis en place de 2009 à 2012 dans la Wilaya de Tizi- Ouzou par Touiza Solidarité en partenariat avec l’Association pour la Jeunesse Innovatrice et l’Environnement (AJIE). Pour trois année consécutive, TS et l’AJIE ont poursuivies leurs activités dans le cadre du Fonds Solidaire, créé à l’issue de ce projet Taksebt (grâce aux remboursements des prêts d’honneur et à la contribution solidaire des bénéficiaires).

Une démarche de concertation citoyenne en urbanisme offre le privilège d’entrer dans la vie des quartiers et de ces habitants. Pour les professionnels que nous somme, c’est une formidable occasion de faire des rencontres et d’établir une vraie communication. Et il arrive fréquemment que l’un des participants se distingue par son enthousiasme et sa créativité. (Eléone Hauptmann et al, 2010)

Ce projet pilote de développement économique local durable pluri acteurs regroupant une vingtaine de communes de la Wilaya de Tizi Ouzou. Les données physiques et historiques se sont conjuguées pour créer et organiser l’espace de notre territoire. Ainsi, les lieux d’échanges où se rencontraient les producteurs des plaines et des montagnes, pour échanger leurs produits, correspondent, aujourd’hui, aux emplacements des agglomérations urbaines de notre territoire d’étude.

Source : Association Twiza solidarité, 2015.

Figure  2: Philosophie du projet : dispositif multi-partenarial

III.2. Contenu et objectifs et résultats du projet

L’action réalisée dans le cadre du Fonds Solidaire propose ainsi d’appuyer la création d’activités économiques portées par les jeunes et les femmes qui valorisent et assurent la préservation du patrimoine naturel et culturel en zone rurale afin d’induire une revitalisation progressive des zones délaissées et permettre d’améliorer les conditions et la qualité de vie de la population rurale. La réalisation de ce projet a été confiée à l’association AJIE, qui l’anime au quotidien. La gestion et le suivi du projet sont menés conjointement par TS et l’AJIE. Les partenaires du projet ont pour objectif de contribuer par une gestion participative de tous les acteurs à un développement rural local endogène et respectueux de l’environnement en Kabylie centrale.

  • Valoriser le patrimoine culturel et naturel
  • Gestion durable du bassin versant
  • Développer les micros entreprises
  • Pour un territoire vivant, de qualité et dynamique

Le projet a été composé de quatre éléments : Renforcer les capacités des acteurs locaux de la Wilaya de Tizi Ouzou. Appuyer la création d’activités économiques pour les populations fragilisées des villages (jeunes et femmes). Impliquer des membres de la communauté algérienne en France dans le projet. Aussi, participer à la préservation de l’écosystème des zones environnant du barrage

Durant ce projet, comme le démontre la figure N° 03 : 16 ateliers de formation ont été organisées en micro-entreprenariat, 43 associations intégrées dans la dynamique territoriale, 35 animateur locaux ont été formé dans le développement local et 182 porteurs de projets financés.

Source : Association Twiza solidarité, 2015.

Figure 3 : Résultats du projet Plan Climat Territorial- Taksebt- 

Ainsi, dans le cadre du participationniste, il a été question de créer un cycle de séquences d’activités et d’évaluations pour mettre à pieds ce projet, qui peut se présenter dans un cycle de développement et de perfection. La stratégie envisagée par communauté a pu déterminer les niveaux de participation. La nature des différentes tâches accomplies dans le projet crée différents types de participations.

Source : Auteurs, 2017

Figure 3 : Niveau de participation, cycle de développement

III.3. Concours « Meilleur village plus propre » : enjeu boosteur d’attractivité territoriale

Depuis 2006, l’assemblée populaire de la wilaya de Tizi Ouzou a initié un concours nommée « Meilleur village plus propre ». Ce concours a créé « une dynamique citoyenne extraordinaire autour de la protection de l’environnement et la préservation de notre patrimoine matériel et immatériel et vise à consolider davantage l’esprit solidaire et organisationnel qui anime et caractérise les communautés villageoises », a souligné Youcef Aouchiche, président de l’APW lors de son allocution à l’ouverture de la cérémonie de la 6ème édition en 2018.  Ce projet qui a accompagnée celui du PNUD a contribué également, au renforcement du lien social et l’adhésion citoyenne à l’éducation à l’environnement. Les lauréats de ce concours recevront chacun une récompense financière selon leur ordre de classement, allant de 09 millions de dinars pour le village lauréat à 02 millions pour les deux derniers au classement, dont une partie devra « être consacrée à un projet environnemental » tel que stipulé dans le règlement intérieur dudit concours.

 

Source : AGHILÈS. G. Photographe

Figure 4 : Vue sur les villages de Kabylie (Tizi Ouzou)

Le village de Sahel, dans la commune de Bouzguène, à une soixantaine de kilomètres au sud-est du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou, a obtenu le premier prix de la 7e édition du concours. Ce village qui a organisé la dernière édition du festival Racont’arts a été choisi parmi les dix villages nominés pour l’obtention de ce prix sur un nombre total de 57 ayant participé à la compétition. Grâce à cette distinction, Sahel bénéficiera d’une substantielle enveloppe financière de l’ordre de 900 millions de centimes, dont 20% de cette somme sera injectée dans la réalisation des projets dédiés à l’environnement, selon le nouveau règlement intérieur. Ces aides financières seront, faut-il le rappeler, versées en tant que subventions aux villages lauréats destinées à l’acquisition des équipements de travaux publics, de collectes des ordures et autres. La sélection des villages les plus propres a été effectuée sur la base de six critères : la propreté et l’hygiène, le traitement et la gestion des déchets l’entretien des voies publiques, des places publiques, des fontaines et sources d’eau, des cimetières et des lieux de cultures.

Ce concours et depuis 200, en plus de réhabiliter le lien social a boosté le développement local et à relancer et intensifier l’attractive territoriale, le jour de la fête Yennayer 2970 qui coïncide avec le 12 janvier 2020, le village SAHEL a témoignée la visite de plus de 30 000 visiteur venus des quatre coins de l’Algérie. Les villages sont devenus des jolis tableaux et des musées à ciel ouvert de citoyenneté et de gouvernance locale et territoriale.

 

Source : Auteur, janvier 2020

Figure 5 : Villages Sahel Bouzguène, lauréat 2019. (Tizi Ouzou)

DISCUSSION ET CONCLUSION

La participation citoyenne ou « communautaire » se réfère à toute sorte d’activité entreprise par les citoyens afin d’améliorer leurs conditions de vie, d’une manière individuelle ou en collaboration avec les gouvernements centraux, locaux ou des organisations non gouvernementales. Les relations sociales ne se forgent pas spontanément, elles sont les résultats d’un long processus de construction des relations ou les institutions traditionnelles interférentes largement, notamment par la mise en place d’espace de rencontre, d’échange et de concertation. L’organisation de processus participatif est complexe, car il interroge les modes et les conditions d’appropriation de l’espace par la population, les questions relatives à la vie quotidienne, au territoire de vie, les relations d’usager à son cadre de vie, et les formes d’appartenance et de socialisation. La dynamique et la volonté des participants dans une « Touiza » sont mises à l’épreuve. Les éléments d’une opération citée en haut, forment un trio indissociable. Chacun a un ou plusieurs rôles à jouer et tout participant doit mettre en évidence son engagement et son savoir-faire (fig. N° : 06)

Source : Auteurs, 2017

Figure 6 : Le triangle participatif

Comme déjà connu, la solidarité ou le volontariat communautaire est l’un des fondements de la culture de la société kabyle et même autochtone. Les bénéficiaires, les usagers d’un projet, en travaillant collectivement vont se connaître, se familiariser. De cette façon les gens sont préparés pour vivre ensemble dans le futur. En d’autres termes, une vraie grande famille va s’installer dans une ville, un village ou un territoire partagé. En outre, étant donné que l’usager est appelé à participer dans un projet, il se développe chez lui le sens de la responsabilité et le sentiment de la dignité vis-à-vis de sa famille, de ses amis. Pour bien cerner la formule d’entraide engagé dans le projet objet de cette recherche, nous avons qualifié importun et nécessaire de schématiser le processus ou l’usager et maillon essentiel de la chaîne, la Touiza et l’outil le plus fondamental par lequel il est construit un enjeu de développement constructif commun et progressif. (fig. N° : 07). Allant de la Touiza, à la participation citoyenne, au développement local solidaire et enfin vers le développement territorial durable.

                                   Source : Auteurs, 2017

Figure 7: La sphère du développement participatif commun

A la lumière de cette recherche, et en rapport avec la vocation de Tizi-Ouzou (ville de loisirs, ville touristique et économique), et en creusant dans les richesses naturelles de la région (le littoral et le Djurdjura) auxquels vient s’ajouter une autre richesse culturelle traditionnelle et artisanale spécifique, qu’il faut mettre en évidence pour relancer un secteur économique qui est le secteur du tourisme ; et dont les fruits reviendront à la ville de Tizi-Ouzou et de toute sa région. La Touiza comme forme de participation citoyenne est une pratique maghrébine ancienne, ancestrale qui mérite d’être, étudiée, renouvelée et revalorisée. D’abord, il faudrait définir et mettre en place les moyens pour informer, consulter, mobiliser les habitants et les acteurs socioéconomiques. Généralement, cette concertation est animée dans le cadre d’un forum (Tadjmaat), représentatif de l’ensemble des composantes du territoire. Mais, il appartient à chaque communauté de concevoir son mode de gouvernance à partir de son histoire et de ses ressources locales.  Le schéma d’un développement durable doit permettre de construire une culture partagée des enjeux du territoire et d’y associer pleinement l’ensemble de ses acteurs. Cet objectif, s’appuyant nécessairement sur le temps, est le gage d’un renforcement de la cohésion de la communauté territoriale et de l’efficacité économique, sociale, environnementale, de la collectivité.

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